Quelques milliers d'années plus tard, je suis née. Erreur de la nature, non pas par ma haine envers mes semblables, très courante aujourd'hui, mais par mon réalisme et mon dégoût de ce qu'ils sont. Mon dégoût des déjections, de la sueur, des larmes, de ces faiblesses typiquement humaines. Ce besoin de manger pour tout faire ressortir, puant et poisseux. Cette manie de devoir ramper pour avancer. Cette idée de devoir travailler, de devoir mériter, de devoir vivre malgré la merde dans laquelle ils baignent. Tous ces principes absurdes pour permettre à leur société de survivre encore quelques centenaires, qu'ils ne pourront même pas voir. Cette courte vie dans laquelle ils se fourvoient, se tuent à la tâche et pissent dans des bocaux.
Ma particularité ? Dès que ces premières pensées sont venues à moi j'ai évolué. Je suis devenue un esprit survolant ces piètres survivants, non pas que je sois supérieure, bien que cela soit évident, mais parce que contrairement à Bouddha, j'avais réellement atteint l'illumination. J'avais été reconnue par mon père, le créateur de ces humains, qui se cache bien haut dans le ciel, honteux, humilié par ce qu'il a créé. J'étais sa pure descendante et non pas par pitié, mais parce qu'il avait besoin de moi, de la menace que je représentais, il a fait de moi un être réellement supérieur. Parce que je ne défèque pas, je ne dégage pas d'odeur nauséabonde au moindre effort et je ne patauge pas dans le plaisir et le besoin.